Autres bonnes pratiques du même thème
- Les Bals à Fives, une programmation « artistique active »
- Lutter contre la précarité énergétique : l’atelier économe de Pessac
- Cohabiter entre générations pour plus de solidarité et de lien social
- Promotion familiale sociale et culturelle à Lille-Fives
- Mise en place de gobelets réutilisables dans les manifestations par le Centre des handicapés au travail
L’Appropriation Sociale des Sciences (ASOSC) de la Région Bretagne
Dans le cadre du chantier de l’Obs’:
Cohésion sociale
Nom de la structure : Bretagne
Nom du Chef de projet : Yannick Pont, chargé de la structuration de la recherche et de la culture scientifique - yannick.pont@region-bretagne.fr - 02 99 27 12 77
Service concerné : Service du développement de l’enseignement supérieur et de la recherche
Elu référent : Bernard Pouliquen, vice-président chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche
1. Résumé de l'action
En partenariat avec les acteurs institutionnels de la recherche (universités, grands organismes, grandes écoles), la Région Bretagne est partie prenante de la promotion de la recherche et de la production d’innovations scientifiques et technologiques au bénéfice du territoire. Afin d’encourager pleinement l’édification d’une véritable société de la connaissance, la Région souhaite jouer un rôle actif dans l’appropriation des sciences par la société civile et le développement des relations entre le monde scientifique et les citoyens.
A travers l’appel à projets Appropriation Sociale des Sciences, la Région Bretagne cherche à favoriser la mise en place de programmes de recherche-action sur des sujets sociaux, culturels, économiques et environnementaux, en mesure d’apporter des réponses à des besoins et des enjeux sociétaux.
Ces projets sont élaborés et réalisés en partenariats entre, d’une part, des acteurs institutionnels de la recherche et, d’autre part, des acteurs politiques et sociaux concernés par les sciences et l’innovation, leurs potentialités, leurs conséquences, leur médiation : associations, syndicats, groupes de citoyens, collectivités locales infrarégionales, structure de la médiation scientifique, etc.
Toutes les infos sur le dispositif sur le site de la région.
2. Une action au coeur de la stratégie de développement durable
La Région Bretagne s’est engagée dans la construction d’un agenda 21 régional, adopté par l’Assemblée en mai 2008. L’agenda 21 a été actualisé en 2009-2010 dans ses deux volets (janvier 2010 pour l’externe et juin 2010 pour l’interne). L’agenda 21 régional comprend 2 volets :
- le volet interne « Région responsable » : la région, les actions et le fonctionnement internes de l’administration régionale ;
- le volet territorial « Région partenaire » s’inscrit dans les domaines de compétences et d’intervention de la Région. Il propose un cadre de référence pour l’ensemble des acteurs du territoire, afin d’orienter leurs actions vers un développement durable.
Le projet d’appropriation sociale des sciences est rattaché au volet « Région partenaire » et de manière directe au premier pilier du cadre de référence de l’agenda 21 régional : « Renforcer la prospérité économique et l’emploi en favorisant des modes de production et de consommation durables basés sur la qualité et la diversité des formations, des filières et des territoires » / orientation « Conforter la performance des activités économiques et favoriser une production innovante » / objectif : « soutenir l’innovation et la recherche ».
L’action répond également au pilier de la responsabilité environnementale : « restaurer, préserver, mettre en valeur et gérer durablement le patrimoine et les ressources naturelles, la biodiversité et lutter contre le changement climatique ». Cette action participe également des deux autres piliers : la gouvernance et l’épanouissement des personnes.
3. Description de l'action
Contexte territorial :
Lorsque le dispositif d’appropriation sociale des sciences (ASOSC) a été créé, un certain nombre de chercheurs et d’acteurs socio-économiques, notamment du domaine de l’agriculture bio, étaient déjà familiarisés avec l’approche de la recherche-action depuis plusieurs années et étaient en attente d’un soutien régional.
Les attentes de la Région concernent :
- le rapprochement entre monde scientifique et société régionale. Cependant, plutôt que de définir à priori les interlocuteurs et les sujets qui devraient être traités, la Région, par le biais d’un appel à projets ouvert, propose aux acteurs scientifiques et sociétaux de définir eux-mêmes les problématiques sur lesquels ils souhaitent s’engager en fonction des enjeux qu’ils estiment pertinents à leur échelle.
- la traduction des appels à créer une « société de la connaissance » en une réalité concrète par le biais du développement de l’expertise citoyenne/sociétale (ce que l’on désigne également par le terme de « tiers-secteur scientifique »).
L’action s’inscrit dans un mouvement général de décentralisation de la recherche dans la mesure où il s’agit de permettre aux acteurs des territoires de devenir acteurs de la recherche et d’inciter les acteurs académiques institutionnels à se tourner vers les besoins des territoires et à développer des liens avec les acteurs sociétaux locaux. Le Canada a formalisé cette orientation à une échelle ambitieuse dans le cadre des ARUC (Alliances de Recherche Universités-Communautés). Une ARUC repose sur un partenariat égal entre des « organismes œuvrant au sein des communautés » et des universités avec pour objectif de « favoriser l’échange de connaissances, de ressources et de compétences entre les universités et les organismes de la communauté dans une perspective d’enrichissement mutuel ». On y trouve notamment la volonté de « rehausser la formation et l’employabilité des étudiants en leur donnant diverses possibilités d’acquérir des connaissances, des compétences et des qualités professionnelles grâce à des travaux de recherche pratiques et à une expérience connexe ». La « recherche communautaire » est désormais considérée au Canada « comme une activité essentielle et un élément central de la stratégie visant à soutenir l’excellence dans la recherche ».
A son échelle modeste, le dispositif ASOSc s’inscrit dans le même mouvement visant à inciter les institutions académiques à s’intéresser et à s’associer davantage aux territoires dont ils font partie.
Description de l'action :
Le dispositif ASOSC vise à soutenir financièrement l’émergence et la mise en place de programmes de recherche-action ayant pour but de traiter (et si possible de résoudre) des problématiques élaborées en réponse à des besoins et des enjeux sociétaux (problématiques de nature sociale, culturelle, économique ou environnementale). Ces projets ont vocation à être élaborés et réalisés en partenariat entre, d’une part, des acteurs institutionnels de la recherche et, d’autre part, des acteurs politiques et sociaux non spécifiques du monde de la recherche mais qui sont potentiellement concernés par les sciences et l’innovation, leurs potentialités, leurs conséquences, leur médiation : associations, syndicats, groupes de citoyens, collectivités locales infrarégionales, structures de médiation scientifique, etc.
Ouverts aux structures de la société civile, le dispositif ASOSC connaît une plus grande diversité parmi les établissements qui se portent candidats par comparaison avec les appels à projets traditionnels (financements de thèses ou de post-doctorats, par exemple) de la politique régionale de développement de la recherche. Deux grandes catégories d’acteurs impliqués peuvent être distinguées :
les acteurs dits « scientifiques » : structures ayant une activité de recherche (principalement les Etablissements Publics à caractère Scientifique et Technique (EPST) mais également les associations de chercheurs) ou dont l’activité est directement liée à l’univers de la recherche et de l’innovation (associations de culture scientifique, technique et industrielle, centres hospitaliers) ;
les acteurs dits « sociétaux » : structures n’ayant pas d’activité de recherche ou dont l’activité principale n’est pas directement liée à l’univers de la recherche et de l’innovation (associations, collectivités locales, syndicats professionnels, etc.).
Les appels à projets sont organisés chaque année.
Le processus de sélection des projets ASOSC porte sur la qualité intrinsèque des projets et sur l’intérêt et la pertinence de la Région à agir dans tel ou tel domaine. Un contrôle de conformité est effectué selon les modalités qui prévalent pour l’ensemble des appels à projets concernant la politique de développement de la recherche :
Étape n°1 : Qualification du projet par les services de la Région
Étape n°2 : Sélection des projets par un Comité de sélection composé d’élus et d’agents représentants les politiques sectorielles
Étape n°3 : Avis par le bureau du Comité Consultatif Régional de la Recherche et du Développement Technologique (CCRRDT)
Étape n°4 : Décision d’octroi de l’aide régionale par la commission permanente
L’aide allouée est plafonnée à 20 000 euros par an et à 75 % des coûts additionnels induits par le projet (comprenant les coûts salariaux des personnels contractuels non titulaires, les frais d’études, d’analyses réalisées par des entités extérieures, les frais de déplacement ou de mission, etc.) L’aide est renouvelable au maximum une fois.
On compte entre 5 et 7 nouveaux projets par an ; depuis la mise en place de l’action en 2006, 4 projets se sont achevés.
Concernant les thématiques abordées par les projets :
L’environnement avait été particulièrement favorisé puisqu’il apparaît dans la moitié des projets financés. Les problématiques de développement territorial et économique ont été également fréquemment retenues.
L’examen des candidatures atteste aujourd’hui une baisse (voire la disparition) de ces projets. Cette baisse est à mettre en regard du dispositif ARED (Allocations de Recherches Doctorales) où 8% seulement des projets retenus concernent la priorité « Sciences et Technologies de l’Environnement ».
L’augmentation des thématiques Mer et Environnement en 2010 est due à un fort relais auprès des têtes de réseaux des associations professionnelles de la pêche, ce qui s’est traduit par le dépôt de 4 projets combinant systématiquement ces deux thématiques.
Les problématiques d’égalité, jeunesse et culture, bien que modestement représentées dans les candidatures, ont été préservées.
Le dispositif ASOSC est un appel à projets ouvert. Il n’est donc pas construit de manière à définir à priori les thématiques auxquels les projets doivent répondre. Néanmoins, ce sont des projets orientés vers le développement durable qui sont attendus, compte tenu des critères de sélection des projets (par exemple, « pertinence thématique du projet au regard des objectifs généraux de développement durable de la Région Bretagne »).
Les services sectoriels de la Région peuvent, s’ils le souhaitent, inciter les acteurs de leur secteur d’intervention à proposer des projets et les accompagner dans le montage des candidatures. Le service en charge de la politique maritime et le service en charge de la politique patrimoine naturel se sont déjà saisis de cette opportunité, ce qui explique que ces projets aient été soutenus. Ce pourrait également être le cas pour la culture, la formation, les transports, etc.
Actuellement, le Centre de Ressources et d’Expertise Scientifique sur l’Eau en Bretagne, créé en 2010 à l’initiative de la Région, réfléchit à l’utilisation du dispositif ASOSc pour analyser et améliorer les interactions entre les parties prenantes de la gestion de l’eau.
Les projets qui émergent dans le cadre de ce dispositif portent sur des enjeux croisés et proposent une approche intégrée des questions à résoudre.
Parmi les projets qui ont été retenus, on retrouve en particulier des projets émargeant simultanément aux thématiques agriculture-agroalimentaire et/ou environnement et/ou développement territorial et/ou développement économique et/ou mer.
Exemples :
En 2006, l’Institut de Recherche sur les Entreprises et les Administrations (Université de Bretagne Sud) a travaillé en partenariat avec la ville de Vannes, l’OPAC Quimper Cornouaille, l’OPHLM Lorient Habitat sur « Les politiques locales du logement : quelle efficacité dans un contexte de développement durable ? ».
En 2008, le laboratoire SAD-Paysage (INRA) a collaboré avec l’association Triptolème et l’association Kaol Kozh sur le thème de recherche « Développement d’un réseau régional pour expérimenter, maintenir et promouvoir la diversité cultivée des blés de terroir breton en agriculture biologique ».
Enfin, en 2010, l’Institut de Criminologie et Sciences Humaines (Université Rennes 2) a débuté un programme de recherche-action avec l’Association pour la Réalisation d’Actions Sociales Spécialisées (ARASS) sur « Les effets de la construction du genre dans l’accompagnement éducatif et judiciaire des mineur(e)s. Analyse des conduites des mineurs et des pratiques de prises en charge pour une intervention et une prévention ».
Objectifs de l'action :
Favoriser l’émergence d’activités de recherche répondant à une demande sociétale ;
Favoriser le dialogue et le partage des connaissances entre le monde scientifique et les différentes composantes de la société civile ainsi que l’appropriation des travaux de recherche par les acteurs socio-économiques régionaux ;
Favoriser l’engagement actif des citoyens dans le système régional de recherche et d’innovation ;
Favoriser l’émergence d’un « tiers-secteur scientifique » en Bretagne afin d’accroître les capacités de recherche et d’expertise de la société civile, des forces associatives, consuméristes, syndicales et citoyennes ainsi que des collectivités locales ;
Inciter les acteurs régionaux de la recherche à développer les dimensions sociétales et culturelles de leurs projets de recherche.
Echelle territoriale de laction :
Région Bretagne
Bénéficiaires : - les établissements publics d’enseignement supérieur et de recherche et les grands organismes de recherche publics implantés en Bretagne : De 2006 à 2010, la moitié des établissements publics de recherche situés en Bretagne se sont impliqués dans le dépôt de candidatures (les 4 universités bretonnes, Agrocampus Ouest, le CNRS, l’INRA, TELECOM Bretagne, l’ENS Cachan Bretagne, l’INRIA, le Cemagref, la station de biologie marine du MNHN à Concarneau, Ifremer, l’ENSIETA, l’ENIB). - les acteurs du « tiers-secteur scientifique » implantés en Bretagne, de type associations, fondations, syndicats, collectifs de citoyens, Centre de Culture Scientifique Technique Industrielle, ou autres organismes à but non lucratif. 72 acteurs sociétaux se sont également mobilisés pour le dépôt de candidatures, majoritairement des associations (72 %), mais également des collectivités locales, des Groupements d’Intérêt Public, des organismes consulaires ou des organisations professionnelles. Les domaines d’intervention de ces structures vont de l’agriculture-agroalimentaire au secteur social, en passant par la connaissance et la préservation de l’environnement, le domaine artistique, le développement économique et/ou territorial, ou encore les échanges internationaux.
Maître d'ouvrage : Région Bretagne
Calendrier et échéancier : 2004 – 2005 : réflexion autour d’un projet de soutien financier à la recherche-action ; 2006 : ouverture du programme ASOSC ; 2006 – 2011 : opérationnalité du projet.
Etat d'avancement : Action réalisée
4. Effets et résultats : Effets et résultats: le renforcement de la recherche-action pour favoriser l’innovation sociale et la co-construction
Effets attendus :
un dialogue entre le monde scientifique et la société civile régionale : des citoyens sensibilisés, susceptibles de prendre part aux projets et des institutions scientifiques ouvertes sur la société ;
un engagement des citoyens dans le système régional de recherche et d’innovation. Le cahier des charges du dispositif stipule que les projets doivent être co-construits et co-réalisés par les partenaires scientifiques et les partenaires sociétaux. Il ne s’agit donc pas d’une prestation des chercheurs pour les acteurs sociétaux, ni d’une recherche menée par les scientifiques sur les acteurs sociétaux, mais bien d’une démarche conjointe où chercheurs acteurs sociétaux définissent ensemble la problématique, élaborent une méthodologie d’analyse conjointe et partagée et la mettent en œuvre ensemble. _ Cette démarche conjointe doit permettre à chaque partenaire de se familiariser avec les logiques et les points de vue de l’autre et de les intégrer dans sa propre perspective. L’acteur sociétal découvre ainsi et expérimente la recherche « telle qu’elle se fait », tandis que l’acteur scientifique enrichit son travail de l’expertise propre que l’acteur sociétal a acquis dans son propre domaine ;
l’émergence d’un tiers-secteurs scientifique en Bretagne. On entend par là la possibilité de faire exister aux côtés de la recherche menée et pilotée exclusivement par les institutions scientifiques académiques et/ou les acteurs industriels, un secteur la recherche qui soit menée avec et par des acteurs de la société civile, en alimentée par leurs propres questionnements et besoins d’expertise. L’objectif plus général est de faire du concept de « société de la connaissance » une réalité en soutenant l’expertise propre des acteurs sociétaux et l’appropriation par ces acteurs des outils et méthodologies scientifiques ;
une « recherche-action » dynamique sur la région Bretagne au-delà du périmètre des sciences humaines et sociales, afin de favoriser des recherches interdisciplinaires et innovantes, associant sciences dites « dures » et sciences sociales.
Résultats observés :
Implication des acteurs
les Établissements Publics à caractère Scientifique et Technologique bretons ont participé au montage de 120 candidatures de 2006 à 2010.
Le nombre de candidatures proposées à chaque appel à projets est cependant en baisse quasi-constante. La diminution notable du nombre de candidatures depuis 2007 est essentiellement due à la baisse du portage par des établissements académiques (notamment de la part des structures qui s’étaient le plus mobilisées lors du lancement du dispositif en 2006).
les projets finalement retenus ont permis de mobiliser 54 acteurs sociétaux différents.
30 % des projets sont portés par les acteurs sociétaux, parmi lesquels on trouve majoritairement des associations du secteur agricole, secteur en forte demande d’accompagnement scientifique pour l’exploration de modes de production alternatifs durables. En deuxième place viennent les associations du secteur social (handicap, intégration). Les collectivités locales, éligibles au dispositif, ne sont pas présentes en tant que telles comme porteurs de projets mais apparaissent à travers les Conseils de Développement des Pays.
Bien que les acteurs sociétaux interviennent moins souvent comme porteurs des projets que les acteurs scientifiques, leur implication est réelle, importante et diversifiée. Si la majeure partie des acteurs sociétaux partenaires est constituée d’associations, on trouve également des collectivités locales, des Groupements d’Intérêt Public, des organismes consulaires et des organisations professionnelles.
Les structures des Centres de Culture Scientifique Technique et Industrielle ont relativement peu participé au dispositif : porteurs de 10 % des candidatures, impliqués dans 15 % des projets si l’on prend en compte les participations comme partenaires.
Impact de laction sur la politique de la collectivité :
En interne
Il arrive que le dispositif ASOSc soit sollicité pour recueillir des projets initialement proposés aux politiques sectorielles (mer, agriculture/agro-alimentaire, environnement, etc.) mais qui, impliquant une dimension d’expertise et/ou des partenaires scientifiques, sont considérés par ces politiques sectorielles comme des projets « de recherche » ne pouvant être pris en charge dans leurs dispositifs propres.
Dans d’autres cas, des projets structurants relevant de politiques sectorielles ont pu émerger parce qu’au préalable un financement ASOSc a permis de mettre en place un premier partenariat et une démarche pilote.
Par exemple, un projet ASOSc portant sur le calcul de l’empreinte écologique en restauration collective, mené en partenariat entre Agrocampus Ouest, la FRCIVAM Bretagne et 3 lycées pilotes, a débouché par la suite sur un projet transversal piloté par la Région, mobilisant politiques des lycées, de l’environnement et du développement territorial pour étendre les bonnes pratiques à l’ensemble des lycées dont la Région Bretagne a la charge.
A l’inverse, le dispositif ASOSc n’est pas ou très peu approprié en amont par les services sectoriels afin de le relayer auprès de leurs interlocuteurs de terrain et de les inciter à construire des projets. Si les politiques sectorielles mobilisent donc parfois ASOSc, c’est en général soit par défaut, soit sans même le savoir. Un travail d’information et de sensibilisation important reste donc à mener en interne pour faire connaître le concept de recherche-action aux services et expliquer les bénéfices que des projets de ce type peuvent apporter à leurs interlocuteurs sur le terrain.
En externe
La mise en place du dispositif a abouti à l’identification, au niveau national, de la Région Bretagne comme pilote dans le domaine des interactions sciences-sociétés, aux côtés de la Région Ile-de-France et de son dispositif PICRI (Partenariats Institutions-Citoyens).
Ainsi, explicitement de part l’existence du dispositif ASOSc, la Région Bretagne a été sollicitée dès la fin 2009 pour participer au Groupe Thématique National « Science in Society » du Point de Contact National « Science in Society » piloté par le Ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche dans le cadre du 7ème PCRDT (Programme-Cadre pour la Recherche et le Développement Technologique de l’Union européenne).
De même, en 2010 dans le cadre de la révision de son Schéma Régional de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, la Région Rhône-Alpes a spécifiquement sollicité la Région Bretagne pour participer à son atelier prospectif sur les modalités à mettre en œuvre pour diffuser la connaissance et la recherche vers le monde économique et social et les citoyens et favoriser les débats sciences-société.
5. Financements et partenariats
Coût de l'action :
450 000 euros/an
Plan de financement :
La Région intervient à hauteur de 20 000 €/par an maximum, pour 2 années au plus. Les projets doivent apporter un financement propre, la subvention régionale ne pouvant pas couvrir plus de 75 % des coûts induits par le projet.
Economies réalisées ou coûts évités :
RAS
Ressources humaines et partenaires investis :
Au sein du service concerné, le dispositif est piloté par un chargé de mission et le suivi administratif et financier des projets financés est réalisé par une gestionnaire.
Les élus régionaux et des représentants des services sectoriels sont mobilisés ponctuellement pour avis sur les projets proposés (en fonction du domaine des projets) et dans le cadre du Comité de sélection (1 réunion/an).
6. Les parties prenantes
Le pilotage :
Service du développement de l’enseignement supérieur et de la recherche.
La mise en œuvre :
Service du développement de l’enseignement supérieur et de la recherche.
Le partage du projet :
Établissements publics à caractère scientifique et technique (EPST), associations de chercheurs, Comité Consultatif de Recherche et du Développement Technologique de Bretagne, élus, associations, syndicats, GIP, etc.
7. Suivi et évaluation
Le service porteur du projet commence à réfléchir maintenant au suivi et à l’évaluation de l’action ; il s’appuie à l’heure actuelle sur les indicateurs suivants, selon un référentiel interne, pour faire un bilan du dispositif de 2006 à 2010 :
typologie des établissements porteurs et/ou partenaires ;
niveau de participation des Établissements Publics à caractère Scientifique et Technologique ;
niveau de participation des structures des Centres de Culture Scientifique Technique et Industrielle ;
niveau de participation des acteurs sociétaux ;
typologie thématique des candidatures ;
typologie thématique des projets retenus.
De plus, les responsables de projets sont tenus de rédiger des rapports d’étapes qu’ils communiquent à la Région tous les 18 mois.
Aujourd’hui, la Région souhaite mettre l’accent sur une politique active de communication. En externe, elle peut se faire grâce aux relais habituels (les établissements de recherche) mais aussi via des associations qu’il est possible de toucher par le biais des listes de diffusions de la Région utilisées par les politiques sectorielles. Le dispositif ASOSc est présenté sur le site internet de la Région et pourrait être davantage communiqué par le biais des Centres de Culture Scientifique Technique et Industrielle.
8. Bilan et perspectives
Les conditions de réussite (leviers et freins) :
Donner de la lisibilité au projet : montrer les projets qui ont été soutenus et les résultats qui peuvent être observés ;
La recherche-action constituant une pratique scientifique atypique, il est nécessaire de laisser au dispositif ASOSc le temps de s’inscrire dans le paysage des outils de financement de la recherche ;
Bien que les ASOSc ou les PICRI (Partenariats Institutions-Citoyens) restent pour l’instant précurseurs, le développement d’outils permettant d’impliquer les citoyens dans la recherche s’inscrit dans une tendance de fond partagée par d’autres Régions (Île de France, Rhône-Alpes, Centre), par l’Etat (cf. programme REPERE du Ministère de l’Ecologie) ou par la Commission européenne (programme Science in Society du 7ème PCRDT, qui devrait être maintenu dans le 8ème PRCDT). Des signes d’une meilleure visibilité régionale et nationale du dispositif commencent à apparaître. De même, des démarches autonomes, répondant aux mêmes enjeux (développement des interactions sciences-sociétés) commencent à émerger des territoires, portées par des acteurs scientifiques. On peut se risquer à anticiper le début d’une dynamique de « cristallisation » ;
Etant donnée la baisse des financements institutionnels de la recherche, on peut s’attendre à une mobilisation accrue des chercheurs et des relais sociaux sur les financements des collectivités locales. Il y a à la fois risque et opportunité : opportunité pour populariser et encourager les démarches de recherche-action ; risque de dévoiement des dispositifs par les acteurs qui essaieront de faire financer par ce biais leurs activités habituelles ;
L’engagement des élus est nécessaire pour crédibiliser la valeur politique de la démarche et donner de la visibilité au dispositif auprès des partenaires institutionnels, notamment académiques.
Difficultés et écueils :
Le nombre de dépôts de candidature reste faible et est en baisse (25 candidatures déposées en 2006, année de la création du dispositif, 13 déposées en 2010). Cela peut s’expliquer par les facteurs suivants :
Diffusion insuffisante de la notion d’appropriation sociale des sciences dans les tissus académiques et sociétaux et peu d’habitude à recourir à des démarches de recherche-action pour résoudre des problématiques de terrain.
Lorsque le dispositif a été créé, un certain nombre de chercheurs et d’acteurs sociétaux étaient déjà familiarisés avec ces approches depuis plusieurs années et en attente d’un soutien régional. Ils ont immédiatement saisi cette possibilité de financement mais, par la suite, n’ont pas été relayés par des chercheurs ou acteurs sociétaux nouvellement convertis au concept, ce qui a mené à un tarissement progressif de l’offre de projets.
Les logiques de travail transversal entre les différents services de la Région sont difficiles à mettre en œuvre ; la réalité opérationnelle reste orientée vers les politiques sectorielles ;
L’appropriation lente des tenants et aboutissants du projet : la recherche-action est un concept qui demande du temps pour être compris.
Des réticences face à la démarche : pour certains chercheurs et institutions scientifiques, la recherche-action n’est pas de la « vraie » recherche, car elle ne mènerait pas à des publications de « rang A » (cela reste cependant à démontrer). Il est donc important de maintenir un haut niveau d’exigence scientifique sur les projets financés dans le cadre du dispositif ASOSc afin de ne pas les voir considérés comme de la recherche de seconde zone.
Conclusion : Un dispositif en faveur de l’innovation sociale
En remettant en cause l’insuffisance et la dissymétrie des liens entre science et société, le dispositif ASOSc répond à deux logiques. Il ouvre la voie à l’innovation sociale et à la co-construction des projets entre les acteurs. En effet, il permet la rencontre entre, d’une part, les acteurs sociétaux, qui peuvent avoir alors accès à des méthodes de formalisation de leurs problématiques et à des ressources d’analyse nouvelles, et d’autre part, les acteurs scientifiques qui sont amenés à prendre en compte la grille d’analyse et l’expertise propre des acteurs sociétaux. Il initie en cela de nouvelles façons de voir.
L’échelle du dispositif ASOSc, projet pilote dans le domaine de la recherche-action, reste modeste et le niveau décroissant de réponse aux appels à projets implique de trouver de nouveaux relais. Plusieurs enjeux restent à traiter : comment impliquer davantage les chercheurs dans la dynamique territoriale et comment renforcer leur ancrage ? Comment renforcer la participation de la société civile et des citoyens ?
Cet outil n’en constitue pas moins un catalyseur efficace de rencontres entre acteurs scientifiques et sociétaux et leur permet de traiter de nombreux sujets et thématiques qui sont généralement négligés dans les dispositifs classiques de soutien à la recherche. L’analyse de cette action permet d’ores et déjà de faire apparaître un certain nombre de marges de progressions et de besoins, notamment la nécessité de faire connaître le projet aux élus, aux acteurs scientifiques et aux acteurs sociétaux. Le concept de recherche-action mérite par ailleurs d’être davantage valorisé, notamment auprès du grand public (par le biais de cycles de conférence par exemple).




